French With Frederic
Quebec French Podcast
Ce que je pense d'un référendum
0:00
-14:38

Ce que je pense d'un référendum

Quebec French Podcast

Welcome to the Quebec French Podcast!

Ok, starting this week, I’ll stop calling it the Quebec French in 5 Minutes newsletter because some podcasts are a little longer. But I’ll keep the same format of explaining Québécois expressions in every episode!

In this newsletter and podcast, you will:

  1. Learn Quebec French vocabulary and grammar

  2. Discover my Quebec culture tips and stories or my Language learning tips to take your French to the next level

Not a member yet? 🌟 Unlock the full program: monthly classes, our Québécois Book & Movie Club, and guided learning through Quebec culture. Become a member and finally get past the intermediate plateau! 🚀

1. Aucazou

Ce n’est pas vraiment un mot, mais plutôt une combinaison de mots: au cas où. Ce qui déroute mes élèves c’est qu’on le prononce comme un seul mot, avec la liaison. aucazou! On pourrait traduire “au cas où” par “just in case”.

It’s not really a word, but rather a combination of words: au cas où. What confuses my students is that it’s pronounced as a single word, with a glide. Aucazou! “Au cas où” could be translated as “just in case.”

Quelques exemples

  • On va arriver 3 heures d’avance à l’aéroport, au cas où qu’y ait ben du monde!

    • We’re going to get to the airport three hours early, just in case it’s really crowded!

  • Achète donc une autre bouteille de vin, juste au cas où qu’on en manque!

    • Go ahead and buy another bottle of wine, just in case we run out!

  • JP est donc ben en retard! Y’a peut-être oublié. Appelle-le donc, au cas où!

    • JP is really late! Maybe he forgot. Why don’t you call him, just in case!

2. Ce que je pense d’un référendum

Souvent, mes élèves me demandent ce que je pense de l’idée de l’indépendance du Québec et du fait que le Parti Québécois (PQ) parle de faire un autre référendum très bientôt.

Je n’ai pas envie de tomber dans un débat politique, mais je peux quand même vous dire ce que j’en pense.

J’ai voté “oui”

Il y a eu deux référendums sur l’indépendance du Québec. Le premier en 1980 et le deuxième en 1995.

Les deux se sont soldés par un échec.

Je venais d’avoir 18 ans lors du deuxième référendum. Bon, maintenant vous connaissez mon âge!

Ça veut dire…

  • Que j’ai pu voter

  • Que c’était mon premier vote à vie!

Imaginez ça…

Vous êtes un jeune Québécois et la première fois que vous allez voter, c’est pour que votre province devienne un pays!

Finalement, le “non” l’a emporté avec 50.58% des voix

C’est-à-dire avec moins d’un point de pourcentage qu’il aurait fallu avoir pour que le Québec devienne un pays.

Je suis passé à autre chose

J’ai dit que le “non” l’a emporté avec 50.58% des voix, mais si on isole le vote des Québécois francophones, c’était 60%.

Mais cela veut dire qu’il y a quand même 40% des francophone qui ont voté non, comme toute ma famille, sauf moi.

Après le référendum, je suis allé vivre en Californie et j’ai non seulement oublié cet événement, mais j’ai même pensé à devenir américain!

L’indépendance du Québec était le dernier de mes soucis.

J’ai donc vécu quelques années aux États-Unis avant de revenir au bercail.

J’ai appris plusieurs langues dans une période frénétique de passion envahissante qui a duré quelques années.

J’ai aussi énormément voyagé, j’ai vécu au Costa Rica, j’ai fait le tour du monde.

Et quand je me suis définitivement installé au Québec, après des années de nomadisme, je me suis reconnecté très fortement à la culture québécoise.

Ceci étant dit, bien que je croie encore à l’idée du Québec comme pays (dans un univers parallèle, par exemple), je vais vous expliquer pourquoi je ne crois pas que ça va arriver, et que même si ça arrive, ça n’empêchera pas le déclin du français au Québec.

On est pas en 95!

En 1995, une série d'évènements avaient fait qu’un référendum était non seulement possible mais la conséquence logique de ce qui s’était passé avant.

Je vais essayer de résumer ça.

  • En 1982, le Canada a rapatrié sa constitution, c’est-à-dire qu’il a coupé ses derniers liens juridiques avec l’Angleterre.

  • Le problème, c’est que le Québec n’a jamais signé cette constitution! Il s’est senti trahi.

  • En 1987, le Premier ministre du Canada, Brian Mulroney, a essayé de réparer les choses avec ce qu’on a appelé l’Accord du lac Meech. En gros, cet accord reconnaissait le Québec comme une “société distincte” au sein du Canada. Ça avait l’air d'un beau compromis, et nous étions ben contents.

  • Mais pour que ça marche, il fallait que toutes les provinces disent oui. Et en 1990, deux provinces, le Manitoba et Terre-Neuve, ont refusé de le ratifier!

  • L’accord est mort. Et le Québéc était en tabarnac, si vous me permettez l’expression.

Cet échec a fait très mal.

Beaucoup de Québécois, même ceux qui n’étaient pas souverainistes, se sont dit, on a essayé de faire fonctionner le Canada, et le Canada ne veut pas de nous.

Il y a eu une autre tentative en 1992, l’Accord de Charlottetown, mais cette fois-ci, on a tenu un référendum à travers tout le Canada, que Québécois et les Canadiens des autres provinces ont encore une fois rejeté.

Après ces deux échecs, le sentiment nationaliste a explosé!

Le Parti Québécois a été élu en 1994 avec Jacques Parizeau comme chef, et il a décidé d’organiser un référendum sur la souveraineté. Et il avait une maudite bonne raison de le faire.

Il faut dire aussi que le Québec était assez différent en 1995.

Voici à quoi ressemblait le Québec l’année du référendum

  • On comptait un peu plus de 7 millions d’habitants. Aujourd’hui, on est environ 9 millions.

  • 81,3% des Québécois avaient le français comme langue maternelle. En 2021, c’est tombé à environ 76%.

  • Sur l’île de Montréal, 52,3% des habitants avaient le français comme langue maternelle en 1996. En 2021, on était à 44%.

  • Et ce recul se voit aussi dans la vie quotidienne. Dans les commerces, l’accueil en français uniquement sur l’île de Montréal est passé d’environ 84,2% en 2010 à 71,0% en 2023.

  • Chez les jeunes de 15 à 34 ans, la proportion de francophones a chuté de 3% en seulement cinq ans, entre 2016 et 2021. C’est le double de la baisse observée dans la population générale.

Donc, si on résume, il y a moins de francophones “pure laine” qu’avant. Et les jeunes choisissent de plus en plus l’anglais.

Et lors du référendum de 1995… 40% des francophones ont quand même voté “non”.

Et on veut faire un référendum maintenant? Hello!

Un troisième référendum est un échec assuré car il n’y a aucune conjoncture historique, aucun élément déclencheur, et personne n’en veut.

Ça prend plus qu’un pays pour sauver le français

Voici ce que je pense maintenant. Oui, si le Québec était un pays, ce serait sûrement plus facile de trouver des moyens de protéger le français.

Mais… même si le Québec était un pays, ça n’empêcherait probablement pas le déclin du français.

Pourquoi?

Parce que les vraies menaces contre le français ne viennent pas d’Ottawa. Elles viennent de partout, et surtout de nous-même.

La démographie

Un Québec indépendant aurait le même problème qu’aujourd’hui. On ne fait pas assez de bébés.

Avec un taux de fécondité d’environ 1,4 enfant par femme, on est bien en dessous du seuil de remplacement. Ça veut dire qu’on a besoin d’immigration pour survivre économiquement.

Et même quand on réussit à attirer des immigrants francophones, on n’arrive pas à les garder! Les immigrants français, par exemple, sont ceux qui repartent le plus. Près de la moitié finissent par quitter le Québec. La reconnaissance des diplômes est un cauchemar, les ordres professionnels sont rigides, et le choc culturel, même entre francophones, est plus grand qu’on ne le pense.

Netflix, YouTube, TikTok

Avant, l’anglicisation venait de l’extérieur. C’était le patron anglophone, l’affichage commercial, la nécessité économique. On pouvait légiférer contre ça. C’est ce qu’on a fait avec la fameuse “loi 101”.

Aujourd’hui, l’anglicisation vient de l’intérieur.

C’est le jeune Québécois qui, tout seul dans sa chambre, choisit de regarder YouTube en anglais, d’écouter des balados en anglais, de jouer à des jeux vidéo en anglais, sans jamais s’intéresser à la culture québécoise. Ce n’est pas tout le monde, mais c’est un choix que plusieurs font.

Regardez ailleurs dans le monde

C’est intéressant d’aller voir ailleur pour mieux comprendre.

En Islande, une île perdue au milieu de l’Atlantique avec 350 000 habitants et une tradition littéraire de 800 ans, l’ancienne première ministre Katrín Jakobsdóttir a déclaré que l’islandais pourrait disparaître en une seule génération.

Les jeunes Islandais sont submergés de contenu en anglais sur les réseaux sociaux, lisent de moins en moins en islandais, et vont même jusqu’à parler anglais entre eux. L’intelligence artificielle, entraînée principalement en anglais, accélère le problème.

Et pourtant, l’Islande est un pays indépendant depuis 1918. Elle a son propre gouvernement, ses propres politiques culturelles, et une des langues les plus “pures” au monde, c’est-à-dire très proche de la langue parlée il y a des centaines d’années.

Dans les pays scandinaves (Suède, Danemark, Norvège), qui sont tous des pays souverains, riches, éduqués, les langues nationales reculent dans les universités et le monde des affaires. En Suède, le phénomène a même un nom : domänförlust (la “perte de domaines”). Des secteurs entiers de la vie professionnelle et intellectuelle basculent vers l’anglais. Le suédois reste la langue du quotidien, de la famille. Mais il perd du terrain ailleurs.

Au Danemark, des études ont montré que les étudiants universitaires maîtrisent de moins en moins le vocabulaire abstrait dans leur propre langue, parce qu’ils apprennent ces concepts directement en anglais.

Le franglais

Un autre problème est qu’un certain nombre de Québécois sont théoriquement des francophones, mais leur maîtrise du français est plutôt médiocre et leur vocabulaire assez pauvre.

Ils parlent franglais.

Dans certains cas, l’anglais finit par remplacer le français comme langue dominante chez certains francophones

Il peut arriver aussi leur anglais ne soit pas génial non plus. Autrement dit, ils ne maîtrisent aucune des deux langues. Les linguistes parlent alors de semi-linguisme.

Parfois on entend que le franglais est tout à fait “normal” et qu’il s’agit de “l’évolution de la langue”

Selon moi, il s’agit plus d’un processus de deliquescence, quand certains locuteurs natifs ne savent même plus les mots de leur propre langue et qu’il empruntent massivement à l’anglais pour combler leur lacunes.

Il est certain que théoriquement le franglais pourrait devenir une langue avec ses propres règles et sa propre grammaire. Mais ça n’arrivera pas, car il n’a aucune chance de devenir une langue de prestige.

Et les langues survivent grâce à leur prestige. Entre l’anglais et un franglais approximatif, je pense que la plupart des gens choisiront l’anglais.

Alors, on fait quoi?

Je ne suis pas pessimiste.

Je continue à enseigner le français à des gens passionnés qui viennent de partout dans le monde et qui adorent la culture québécoise.

En tant que polyglotte, je sais aussi quelque chose que le débat politique ignore. Une langue survit quand les gens qui la parlent la cultivent et en sont fiers.

Le français ne va pas disparaitre du jour au lendemain au Québec.

À mon avis, le vrai combat passe par l’éducation et la culture. Il faudrait y investir massivement.

Il est certain que si le Québec était un pays, ce serait plus facile. Mais pas si facile que ça.

Donc, pour résumer:

  • Je ne crois pas qu’il va y avoir un référendum bientôt sur l’indépendance du Québec.

  • S’il y a un référendum, le “oui” ne va pas gagner.

  • Même si le Québec devenait un pays, la bataille pour le français ne serait pas gagnée.

  • Vous êtes l’avenir du Québec francophone!

J’espère que ce n’était pas trop controversé…

Frédéric

Discussion about this episode

User's avatar

Ready for more?